Le modèle Allemand: le suivre ou le fuir…?

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On entend souvent vanter le modèle économique allemand : faible taux de chômage, rigueur budgétaire, comptes publics exemplaires… mais derrière ces chiffres, les Allemands ne vivent en réalité pas si bien : beaucoup de travailleurs ont des bas salaires, et de nombreux retraités vivent sous le seuil de pauvreté.

La-bas comme ailleurs, malheureusement, le paradis des riches semble fait de l’enfer des pauvres (V.Hugo).

 

Du miracle au mirage allemand:

 

* Un taux de chômage de 5,7% en 2013, mais:

-Beaucoup de travailleurs sont pauvres car ils ont de petits salaires. Près d1/4 des salariés (23%) gagnent moins des 2/3 du salaire médian. En France, ils sont 9% dans ce cas (les inégalités salariales se sont donc beaucoup plus accrues en Allemagne). En 2017, l’Allemagne détient le triste record européen de travailleurs pauvres (22,5 %), alors qu’en France, c’est déjà trop, mais c’est 8,8 % (le taux de pauvreté relative étant fixé à 60% du revenu médian).

 

– Beaucoup aussi d’emplois précaires et de temps partiels. Avec les lois HARTZ (sous le gouvernement Schröder), le social-libéralisme allemand a tout simplement changé les chômeurs en millions de travailleurs pauvres qui accumulent des « mini-jobs » – contraints par les « job centers » – avec des salaires très bas, pouvant aller jusqu’à 450 euros par mois, assortis d’une aide sociale variable, et qui peut s’effondrer en cas de refus. Ces mini-jobs très précaires ne donnant droit ni à la retraite, ni au chômage; ils sont souvent occupés par des retraités ou des mères de famille. On décomptait 7,8 millions de mini-jobs en juin 2016, soit 19 % des emplois salariés. Le développement de ces emplois précaires a contribué à affaiblir la couverture des salariés allemands : en 2016, seuls 56 % d’entre eux étaient couverts, contre 98 % en France.

 

Enfin, selon Odile CHAGNY, économiste à l’IRES, 50% des salariés partent à la retraite avec une décote (vu la durée de cotisation de 45 ans pour le taux plein) de leur pension.

–> 3,4 Millions de retraités vivent sous le seuil de pauvreté. Ce nombre a augmenté de 30% en 10 ans (suite aux « réformes » SCHRÖDER durant les années 2000…)


* Une économie avec des excédents publics mais:

– La rigueur budgétaire de court terme a empêché de se préoccuper de l’avenir

–> Il y a un gros déficit d’investissements publics. Beaucoup d’infrastructures en très mauvais état: 40% des routes nécessitent des travaux d’urgence, des établissements scolaires tombent en ruine..

 

Même le FMI alertait discrètement sur cette situation explosive: « Malgré un filet de sécurité sociale bien développé et une forte progression de l’emploi, le risque de pauvreté en Allemagne demande une attention continue» Rapport annuel du FMI, 15/05/2017

 

Et ici un très bon article du site Politis qui complète les éléments ci-desssus.

 

Sources:

– Lisa BEAUJOUR, 09/2017, journaliste à FranceInfo, Vidéo (3’14): L’ Allemagne, un modèle à suivre ou à fuir ?

Guillaume DUVAL, 2013, Made in Germany. Le modèle allemand au-delà des mythes, Paris, Seuil, 230p. Pour une synthèse écrite, voir ici.

Et pour son interview sur FranceInfo en 2013 (8’14).

–  Bruno ODENT, 2014, Modèle allemand, une imposture, Editions Le Temps des cerises.  

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