Les luttes, ça paie toujours…

Si vous aimez

Lire le jeu social, rendre visible le rapport de force caché, et surtout garder et entretenir la mémoire de nos victoires: autant de tâches indispensables pour éviter le piège mortifère du « ça ne sert à rien…»

« Nos gouvernants ont plus besoin de nous déprimer que de nous opprimer » disait le philosophe Gilles DELEUZE.


Les Luttes, ça paie toujours…. A un moment ou à un autre !!

Partie (p10-14) extraite du livre : Désobéir, le petit manuel, Xavier Renou, Le passage clandestin, 2012, 192p, (9€)

«…Nous devons gagner, sous peine d’enfermement dans une jungle où l’homme est un loup pour l’homme, pour l’animal et pour l’environnement. Sous peine de mort pour tous, rapide ou à petit feu. Et nous allons gagner. Parce qu’on gagne toujours à la fin. Parce que ceux qui ont voulu changer le monde ont toujours eu raison contre leurs adversaires, et toujours fini par vaincre les obstacles. Nous avons toujours obtenu ce que nos rêves avaient imaginé, mais jamais sans nous battre. Le monde n’a jamais changé autrement qu’en luttant contre ceux qui n’ont pas intérêt au changement, ceux qui s’accrochent à leurs privilèges et ont encore besoin de l’injustice pour dominer…

 Celui qui n’essaie pas, et celui-là seul, a déjà perdu..  Celui qui se résigne au néant accepte de laisser ses adversaires continuer d’avancer inexorablement, en reprenant toutes les conquêtes sociales obtenues de haute lutte par les générations passées, en nous poussant chaque jour un peu plus vers le précipice, quand d’autres, plus au sud, sont déjà tombés dedans depuis longtemps. A cause de nous, aussi. On nous a certes privés de notre histoire. On a effacé notre mémoire. De l’histoire, on n’a voulu retenir que les conquêtes violentes des dominants, tandis que l’histoire des  luttes des peuples et des groupes sociaux exploités était systématiquement déformée, minorée voire totalement occultée. De notre mémoire, on a retiré les victoires extraordinaires du génie humain, de l’intelligence collective, de la solidarité qui s’organise pour défendre les droits et faire avancer l’histoire.

Qui mesure les immenses progrès réalisés en matière de droits de l’homme et de la femme, de droit du travailleur et de l’enfant, de droits des minorités et des peuples ? Qui mesure combien il fallut lutter, et combien nous avons gagné, chaque fois que nous avons refusé le sort que l’on voulait nous faire, nous les enfants de familles pauvres, les fils et filles de travailleurs immigrés, les frères et sœurs des peuples colonisés, les femmes autrefois soumises, les homosexuels hier encore privés du droit de choisir leur sexualité et leur amour ?


Il est urgent de retrouver la mémoire, de connaitre, pour la poursuivre, notre histoire.

Les grandes grèves de Chicago , Liverpool, Gdansk, du rail ouest-africain, de Mai 68 ou de l’hiver 1995, la révolte de Stonewall, la marche du sel, les occupations des lieux de ségrégation à Birmingham, la révolte des enfants de Soweto, les procès de Bobigny pour l’avortement ou celui de Patrick Henry contre la peine de mort, la résistance danoise aux déportations, le Larzac, Plogoff et les autres centrales nucléaires empêchées, Lip, les casseroles et l’autogestion de Buenos aires, les femmes en noir de Palestine et les folles de la place de Mai, les révolutions démocratiques de l’Est et celle des Œillets…Souvenons-nous du combat non-violent pour l’indépendance de l’Inde, arraché à l’empire le plus puissant de la terre, du combat pour le droit de vote des femmes, les boycotts contre l’apartheid et aujourd’hui contre le colonialisme israélien, le soutien aux dissidents derrière le rideau de fer, la chute des dictatures de l’Europe de l’Est (Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie, RDA, Milosevic en Serbie…) et de l’Asie (Suharto en Indonésie, Marcos aux Philippines…) et puis les victoires contre les essais nucléaires, contre la privatisation de l’eau en Bolivie, contre le déploiement des Pershings…

  •  Il a suffi de quelques milliers de personnes à Seattle, pour bloquer la réunion de l’organisation mondiale du commerce et lancer au niveau mondial un nouvel internationalisme, une dynamique de convergence des luttes planétaires accompagnée de l’élaboration d’un corpus idéologique original, encore fragmentaire, mais résolument anti autoritaire et non-violent, appelé à grandir encore, et qu’on appelle désormais l’alter-mondialisme.
  • Il a suffi d’à peine plus de gens pour abattre les dictatures égyptienne et tunisienne, en quelques semaines seulement, ou pour montrer, comme en Espagne et en Grèce, et dans bien d’autres pays, que les partis de gouvernement aux ordres de la finance mondiale n’étaient pas légitimes.Il a suffi d’à peine plus d’un millier de faucheurs volontaires effectifs pour neutraliser la plupart des parcelles d’OGM plantées en France, qu’il s’agisse d’essais en plein champ ou de cultures commerciales, et obtenir le gel des plantations…
  • Il a suffi de quelques centaines de militants (parents, instituteurs), bientôt incarnés par le Réseau Education sans frontière, pour rendre visible et perturber la machine à expulsions en provoquant les 1ère  prises de parole publiques de syndicalistes policiers dénonçant la politique du chiffre en matière d’immigration, tandis que des centaines de sans-papiers étaient littéralement soustraits aux agents du racisme d’état et cachés dans les domiciles privés des Justes d’aujourd’hui.
  • Il a suffi de quelques dizaines de militants antipub pour commencer à déboulonner la publicité de son piédestal, de quelques dizaines d’autres « galériens du logement », pour réquisitionner les logements vides et reloger des familles, avant d’obtenir de certaines mairies qu’elles préemptent les dits logements pour les verser au parc HLM…

Nous avons toujours gagné, y compris et peut-être surtout par des moyens non-violents, mais jamais sans combat. Y compris en nous-mêmes : on le devine intuitivement, la peur, qui paralyse l’action, compte parmi nos pires ennemis. La peur de la répression, dont on verra que la non-violence peut aider à la surmonter, et celle de perdre le peu que l’on a, la petite part de bonheur, ou tout au moins de tranquillité et de confort que l’on a pu sauver…  Lutter, c’est prendre un risque, incontestablement.

Notre 2ème  ennemi, celui qu’on s’efforce d’incruster au plus profond de nous-mêmes, c’est le sentiment d’impuissance, père de la résignation. « Les gouvernants ont plus besoin de nous déprimer que de nous opprimer »: Ils s’y emploient chaque jour, en effaçant de notre mémoire les victoires du passé, en dénigrant nos luttes et nos figures tutélaires, en noyant la réflexion sociale dans le divertissement et la psychologie de bazar. Or, sans l’espoir de gagner, nulle mobilisation… »


A ceux qui pensent que nous sommes des rêveurs, des utopistes…

Partie (p36-39) extraite du livre : « Ils nous ont dit : mais vous êtes-fous ! »  François Ruffin, 2013, 120p, (6€).

François Ruffin : « En 1944, la France est à genoux, 74 départements ont servi de champs de bataille, la production industrielle ne représente que 29%  du niveau de 1929. Les recettes fiscales couvrent à peine 30% des dépenses publiques, la dette nationale a quadruplé….Et donc, dans ce contexte-là, vous, vous êtes complètement inconscient, vous voulez encore plus mettre la France à genoux ! C’est dans ce contexte-là que vous décidez qu’il faut mettre en place une sécurité sociale et des retraites…Mais on a dû penser que…

Maurice Kriegel-Valrimont : « Mais c’est exactement ce qui s’est passé. Il ne faut pas croire qu’à l’époque, il n’y avait pas de gens qui nous ont dit ce que vous venez de dire ! Ils nous ont dit : ‘Vous êtes fous’. La France n’avait plus de ponts, plus de charbon, plus d’acier, plus d’énergie. Bien. C’est vrai que c’était à peine concevable. Bien. Nous sommes passés outre et nous avons fait les choses. Alors là, la preuve a été faite, l’investissement social est un investissement économique formidable ! Et c’est vrai, je n’ai aucune hésitation à le dire, les 30 glorieuses n’auraient pas été possibles si nous n’avions pas fait cette législation sociale. Historiquement, la chose est démontrée…C’est grâce à la législation sociale que des progrès ont été accomplis… »

François Ruffin : « Le climat, qui est le climat d’aujourd’hui, c’est un climat de ..de résignation… »

Maurice Kriegel-Valrimont : « Je vais prendre deux moments. En 1934, la France à l’air dans une situation préfasciste. Et les fascistes se manifestent, et ils essaient de prendre le pouvoir. Il y a des forces, dans l’armée, qui sont candidates, il y a la Cagoule, etc. C’est sérieux ! Et dans l’ensemble, l’état d’esprit n’est pas meilleur qu’aujourd’hui. Ça, c’est 1934. En février 34, c’est la 1ère grande manifestation où se rassemblent les forces syndicales et où elles vont dans l’autre sens. En 36, c’est le Front Populaire. En 2 ans, non seulement vous avez un recul du fascisme, mais d’une certaine manière en France le fascisme est battu…en 2 ans…Si, en 34, quelqu’un vous avait dit que, 2 ans après, en France, ce serait le Front populaire, on vous aurait ri au nez. J’imagine, là, j’ai vu quelques-uns de mes gars de l’époque, de mes militants syndicaux, je les ai vus rire. Ils n’auraient pas cru…

Mais ça, ce n’est rien du tout. En 42…Stalingrad est à portée des Allemands. C’est-à-dire : c’est fini ! Le monde est sous la botte fasciste…Et en 44, Paris est libéré…(rires). Là, j’ai imaginé…vous savez, nous avons été dans la même cellule avec Aubrac, avec Ravanel, à Lyon, on n’avait que des matelas. On était trop nombreux pour pouvoir coucher sur le dos, il fallait être couché sur le coté. S’il y en avait un qui changeait de position, il fallait que tout le monde change de position. Bien. Si l’un de nous avait dit que dans 2 ans Paris serait libéré, les autres auraient passé le reste de la nuit à rigoler ! C’était invraisemblable…et c’est 2 ans. (Rires). C’est ça ma réponse… »

Interview vidéo de MKV par F.Ruffin (8’)

 

 

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